Chroniques en stock

Chaque mois, je vous présenterai 3 livres et 3 disques de mon choix, fruit de mes découvertes. Mes avis ne se veulent pas péremptoires, je ne prétends pas inculquer quoi que ce soit à mes lecteurs, juste leur présenter des oeuvres que j'ai jugées intéressantes, ou non. A vous de les découvrir... ou pas !


Février 2008 :

Disques :

Arena - "Ten Years On : 1995-2005" 
(CD) (2005)

ArenaTenYearsOn72dpi.jpg    Le problème, avec le rock dit "néo-progressif", c'est que la limite entre les belles envolées lyriques et la mièvrerie pure est parfois mince. C'est la raison pour laquelle j'ai toujours préféré les dinosaures aventureux du rock prog' des seventies (ELP, Yes, King Crimson, Pink Floyd...) à leurs rejetons trop sages de la décennie suivante (IQ, Pendragon, Marillion). 
    Arena ne déroge pas à la règle. Apparu en 1993, le groupe a eu beaucoup de mal à se détacher de ses influences 80's, Marillion période Fish et Genesis époque Phil Collins en tête. Les refrains bateaux et les mélodies maintes fois entendues se sont donc succédé jusqu'en 2000 et l'arrivée de Rob Sowden au chant. Là, le groupe a gagné en consistance, osant entrecouper ses passages planants de rythmiques puissantes lorgnant vers le métal. Exit les mélodies convenues, place à une musique plus réfléchie, pesée, profonde. 
    La version live de "Chosen", "Salamander" ou "Bedlam Fayre" justifient l'achat de ce best-of. Sans oublier la longue suite épique (14 mn !) "Solomon" qui date pourtant du premier album du groupe. La chance des débutants, sûrement. Car pour le reste, cette compilation ne m'a pas donné envie de creuser plus avant la discographie du groupe...  


Livres :


Serge Halimi : Les  Nouveaux Chiens de Garde
(Raisons d'agir, 1997, 2005)

chiens2G.jpg    Un pavé dans la mare. Un coup de pied dans la fourmilière. Appelez-ça comme vous voulez, moi j'opte pour "une bombe dans la librairie" ou "un direct du droit à la face du journalisme". Serge Halimi ne mâche pas ses mots, c'est le moins que l'on puisse dire. Le journaliste du Monde Diplomatique procède dans ce pamphlet à une attaque en règle de l'univers vérolé du journalisme français. "Révérence devant le pouvoir", "journalisme de marché", "un univers de connivences", les chapitres annoncent la couleur.
    A l'heure où la profession se précarise de plus en plus, l'esprit critique est chaque jour grignoté par les liaisons dangereuses entre pouvoir, grands groupes industriels et organes de presse soumis. Ici, aucune parole en l'air ni théorie fumeuse. Halimi déconstruit à coups d'exemples fracassants le mythe d'un journalisme "contre-pouvoir" en France, n'épargnant (presque) personne.     A rapprocher de Sur la télévision, de Pierre Bourdieu, ce brulôt devrait trôner en bonne place sur la table de nuit de tout journaliste, ou être inscrit au programme des écoles de journalisme françaises. Car, à défaut de changer la donne d'un coup de plume magique, Serge Halimi fait jaillir chez son lecteur un éclair de "lucidité, une forme de résistance".



Pierre Bauduin : Les Vikings
(Que sais-je ?, PUF, 2004)


Vikings-copie-1.jpg    Une compétition pour le pouvoir qui pousse les renégats à l'exil et donne naissance à un mythe : celui des Vikings. Des pays baltes à Byzance, des îles britanniques à la France, en passant par le Groënland ou le Canada (les Norvégiens furent les premiers découvreurs du continent américain, près de cinq cents ans avant Christophe Colomb), ce peuple rude s'échina à commercer contre vents et marées, au gré d'expéditions, d'alliances, de conquêtes.
    Des premiers raids de la fin du VIIIe siècle aux dernières expéditions coïncidant avec la christianisation définitive des souverains scandinaves vers l'an mil, ces hommes du Nord ont offert à l'histoire une épopée grandiose qui, alliée à une mythologie sanglante, a toujours fasciné les esprits. Pierre Bauduin, maître de conférences en histoire médiévale à l'Université de Caen Basse-Normandie, brosse un large portrait de la société viking, s'appuyant sur les dernières découvertes archéologiques. Il en ressort un ouvrage très instructif, facile d'accès et qui démontre qu'à bien des égards (la hiérarchie, les lois, les assemblées de paysans), les Vikings n'étaient pas les brutes sanguinaires que la littérature fantastique se plaît à décrire.



Voltaire : Micromégas, Zadig, Candide

(GF/Flammarion, 1994, 2006)

Voltaire-copie-1.jpg    Voltaire, j'adore. C'est en grande partie grâce à lui que j'ai accroché à la philo en terminale, Zadig et Candide ayant préparé le terrain. Pas littéraire pour deux sous, j'avais pourtant passé des années sans lire un roman. Voltaire, par ses contes, m'avait réconcilié avec l'écriture.
    Je viens de redécouvrir ses deux oeuvres "phares". Et comment dire ? C'est comme retrouver un vieux pote qu'on n'a pas vu depuis longtemps. On est à l'aise, on sourit, des souvenirs ressurgissent. En le relisant, je me suis rendu compte que cette plume légère, alerte, mordante, était devenue pour moi une source d'inspiration. Le recul, l'humanisme et la tolérance qui ressortent de ses oeuvres continuent de guider ma conscience. La façon qu'il a de railler les puissants et les idiots, avec finesse et esprit, m'enchante à chaque page. Sans parler de cette culture immense, cette ouverture à toutes les formes de connaissances... Alors j'ai suivi les folles aventures de Zadig au coeur du Moyen-Orient, j'ai parcouru le monde avec Candide, en savourant chaque ligne comme il se doit. Respirant à plein nez ces formules magiques d'une littérature instructive, souvent drôle et toujours engagée. Après avoir lu le bouquin d'Halimi, on troquerait bien deux demi-douzaines de BHL, Adler ou Minc contre ne fût-ce qu'un quart de Voltaire...




Janvier 2008 :



Disques :



No-Man - "Together We're Stranger"
(CD + DVD) (2005)

togetherwerestranger2007.jpg    Inclassable. No-Man est le fruit d'une collaboration entre Steven Wilson (par ailleurs leader du groupe d'art rock Porcupine Tree) et Tim Bowness. Il en résulte une musique plus ou moins teintée d'électro, oscillant selon les albums entre dance, trip-hop et pop synthétique, avec même une touche jazzy (façon Jan Garbarek) sur le dernier effort en date : Together We're Stranger.
    Un disque des plus calmes, presque contemplatif, assez éloigné des morceaux groovy que le groupe a pu proposer par le passé. Mais que l'on ne s'y trompe pas : sous une apparente simplicité, les ambiances dépouillées de Together We're Stranger recèlent de trésors sonores. Passé maître dans l'art de la production, Steven Wilson sait brosser les oreilles dans le sens du poil. Une trompette lointaine, de la flûte, la douceur d'une clarinette, un ensemble rythmé par les arpèges cristallins de Wilson et la voix mélancolique de Bowness, tout semble fait pour apaiser l'auditeur, le transporter lentement vers de rassurants paysages musicaux. Un confort auditif renforcé par le mixage de l'album en 5.1 (DVD-Audio), une technologie que Wilson sait particulièrement rendre indispensable...



Machine Head - "The Blackening" (CD) (2007)

MachineHead-TheBlackening-copie-1.jpg    Avec "Through the Ashes of Empire", en 2003, Machine Head avait placé la barre très haut. Son thrash moderne avait gagné en puissance, rapidité et technique. Quatre ans plus tard, Robb Flynn et ses sbires enfoncent le clou, réalisant une fois de plus "l'album que Metallica aurait dû sortir". Peu de temps morts dans cet album très dense, agressif et complexe à souhait. La touche heavy apparue sur le précédent effort est ici portée à son paroxysme. Guitares harmonisées à la tierce, soli dévastateurs, écrasement sauvage de la double pédale, chant clair inspiré, Machine Head rend hommage aux groupes qui l'ont influencé, Metallica et Iron Maiden en tête.
    L'esprit général flirte avec les 80's, mais le son reste résolument moderne : épais, tranchant, plein de ces harmoniques si caractéristiques du son Machine Head. Parmi les 8 véritables déflagrations composant cet opus, je ne saurais que trop vous conseiller d'écouter "Clenching the Fists of Dissent", hymne ultime aux accents révolutionnaires, prouvant qu'une fois de plus, les Ricains n'ont pas l'humeur à la plaisanterie. Vous cherchiez l'album de métal de 2007 ? Vous l'avez !



Kiko Loureiro - "No Gravity" (CD) (2005)

kl_nogravity.jpg   Connu pour son travail dans Angra (dont il est avec Rafael Bittencourt le seul rescapé de la première mouture du groupe), Kiko Loureiro décide en 2005 de sortir son premier album solo. Fidèle à ses racines guitaristiques, le brésilien donne ici libre cours à sa virtuosité. La fluidité de son jeu, la diversité des ambiances, le relatif équilibre entre les différentes chansons rendent l'écoute de ce No Gravity fort agréable.
Pourtant, l'impression de déjà-entendu est quelquefois tenace. On pense à Angra, forcément, mais aussi et beaucoup à Joe Satriani (Escaping, Moment of Truth). Le fan adorera, les autres déploreront la quasi-absence de prise de risque, un peu à l'image du premier disque de John Petrucci paru la même année. Finalement, Loureiro tire son épingle du jeu là où on ne l'attendait peut-être pas : sur les passages où ses racines brésiliennes se font le plus sentir (Tapping into my Dark Tranquility, Beautiful Language). Dans un registre proche de celui d'Al di Meola, Loureiro excelle, délaissant un temps la technique pour un toucher tout en finesse, sans fioritures. Un préalable réjouissant à son second album solo, totalement dévoué à la cause du jazz brésilien.





Livres :


Black métal satanique : Les Seigneurs du Chaos

Michael Moynihan, Didrik Soderlind (1998, 2003, 2005, Camion Blanc)

artoff1118.jpg     Au début des années 90, en Norvège, un mouvement musical défraie la chronique : le black métal. Profanations, incendies d’églises, meurtres : une vague de violence déferle sur le pays au nom d’un courant mêlant musique métal, satanisme et extrémisme nationaliste. La presse s'empare de l'affaire et les rumeurs sur des sectes sataniques pratiquant des rituels atroces prennent corps, terrorisant et passionnant les foules durant des mois. Les coupables ? De jeunes adultes issus des classes moyennes voire aisées de la très catholique société norvégienne, en mal de sensations fortes.

    Les journalistes Michael Moynihan et Didrik Soderlind tentent de trouver une explication au phénomène, au cours d’une longue enquête retraçant l’évolution du black metal depuis le satanisme puéril des débuts jusqu’au paganisme néo-nazi affiché par ses plus dangereux leaders. Etoffé de nombreux témoignages, Les Seigneurs du Chaos décrit l'extension du phénomène vers d’autres pays comme la France, sans pour autant verser dans un sensationnalisme sécuritaire de bas-étage. Et au milieu des préjugés habituellement réservés à tous les produits étiquetés « métal », ce n’est pas peu dire !



Samuel Benchetrit : Chroniques de l'asphalte, 1/5
(Julliard, 2005 ; Pocket, 2007)


undefined     Du premier au douxième étage, en passant par la cave, le hall, le rez-de-chaussée, le toit ou le vide-ordures, Samuel Benchetrit nous fait visiter sa tour. Celle d'une banlieue rouge où l'artiste versatile - il est metteur en scène, scénariste, réalisateur de théâtre et donc auteur - a traversé enfance et adolescence. Une période qu'il a choisi de raconter dans le premier tome de Chroniques de l'asphalte, une série de cinq livres initiée en 2005 et destinée à retracer les trente premières années de sa vie.
    Dans le volet initial donc, Bench (c'est son surnom) présente ses voisins, ses amis, ses connaissances, brossant en à peine un peu plus de chapitres que d'étages, le portrait de la tour de son enfance. Au fil de chroniques savoureuses, l'auteur dévoile avec des mots simples la vie de gens simples. L'écriture n'a rien de révolutionnaire, malgré ce qu'on peut lire ici ou là, mais la plume, d'une efficacité redoutable, fait toujours mouche. Le lecteur qui a vécu en immeuble s'identifiera facilement au narrateur, partageant les sentiments de Bench et ses potes face à l'apprentissage de la vie dans un univers de béton. Et ce, même si le quotidien en banlieue parisienne donne parfois lieu à des épisodes plus trash qu'ailleurs... A découvrir !




Georges Tate : L'Orient des Croisades

(Découvertes Gallimard, 1991)

croisades_gallimard.jpg    Huit croisades pour rien. Une terrible épopée de deux cents ans avec comme seul résultat l'accroissement de la haine entre chrétiens et musulmans. Une vision du monde qui, après l'épisode colonial, reste d'actualité : le choc des civilisations, hier comme aujourd'hui.
    Derrière la façade religieuse, la première croisade prêchée par Urbain II en 1096 dissimulait un enjeu double : économique et politique. Envoyer les plus virulents des chevaliers à la reconquête des lieux saints, c'était assurer la paix à l'intérieur du royaume et s'arroger par bateaux entiers les richesses du Proche-Orient. Le nerf de la guerre, encore et toujours.
    A travers les différentes expéditions, les batailles mémorables, la construction de forteresses imprenables pour des royaumes périssables, Georges Tate brosse un portrait pédagogique, presque scolaire des Croisades. Une époque sombre où le fanatisme incontrôlable des croisés dégoûtait des musulmans tolérant alors au sein de leurs califats la présence d'autres croyants. Moyennant impôt, certes.
    Mais à l'heure où l'intransigeance est reine d'un côté comme de l'autre, l'ouverture intellectuelle de personnages comme Saladin (rappelant celle qui prévalait dans l'Espagne arabo-andalouse) ferait bien d'en inspirer certains...






 

 
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