Les fortifications historiques de Perpignan ont, dans leur très grande majorité, disparu au début du XXe siècle. La magie du web les a ressucitées.
Elle paraissait
imprenable. La meilleure place forte d'Europe, avait-on coutume de dire avant 1689. Résistance éternelle ? Le temps a pourtant eu raison des défenses de la "Fidelissima vila".
Perpignan a perdu ses murailles, et à coup sûr, une partie de son charme au début du siècle dernier.
Jadis considérée comme la "clé et porte de l'Espagne", à laquelle Charles Quint tenait autant qu'à la prunelle de ses yeux, la capitale du Roussillon s'est alors développée sur
les ruines encore fumantes des remparts de Vauban. Les dirigeants municipaux de l'époque n'épargnèrent que la citadelle, sans doute sauvée du désastre grâce à l'immuable présence militaire au
sein des casernes jouxtant l'ancienne demeure des Rois de Majorque.
Au pied des cayrous
Enfant, j'ai toujours été fasciné par ce palais. Ma grand-mère habitant à deux pas, il n'était pas rare que nous partions nous amuser à l'ombre des solides remparts de briques rouges. J'imaginais
alors des chevaliers s'empressant dans la poussière, jetant férocement leurs grapins au sommet des murs pour tenter d'envahir le palais. C'était peine perdue. Les barbelés les auraient
arrêtés. Plus tard,
j'ai compris mon anachronisme. Les militaires de la DGSE, nouveaux maîtres de la citadelle, empêchent toujours les visites sur les bastions et courtines successivement aménagés et renforcés par
Charles Quint, Phillipe II d'Espagne et Sébastien Vauban. Aucun visiteur civil n'y a posé les pieds depuis des dizaines, des centaines d'années. Privés de citadelle, confinés au seul palais des
Rois de Majorque, les Perpignanais n'ont plus que leur tête, leur coeur pour imaginer faire un jour le tour complet de l'ouvrage.
Imaginer comment, du haut de la citadelle ou des remparts de la ville disparus, leurs ancêtres luttèrent, défiant les troupes de Louis XI pour demeurer Catalans. Bravant la faim et la mort par
loyauté envers "leur" patrie, jusqu'à se faire attribuer le peu gratifiant surnom de menjarates (mangeurs de rats) par l'occupant...
Imaginer et c'est tout
Je n'ai jamais suivi les préceptes d'un catalanisme passéïste. A l'heure de l'Europe, la démarche indépendantiste me semble une aberration. La sauvergarde de la culture, une
nécessité. Voilà pourquoi j'ai toujours pris beaucoup de plaisir à me pencher sur l'histoire de ma ville d'origine. Voilà pourquoi j'ai souvent tenté d'imaginer ce que pouvaient ressentir mes
ancêtres (si tant est qu'ils fussent Perpignanais !) lorsqu'ils se promenaient sur les remparts, scrutant la campagne environnante ou admirant encore et toujours ce vieux Canigou. Adolescent, je
me suis pris de passion pour le récit des vieilles enceintes de la cité. Sillonant le centre-ville à la recherche de la moindre trace, du moindre indice permettant d'en raviver le souvenir,
j'avais l'impression de parcourir les méandres du temps. L'ouvrage d'Antoine de Roux sur le sujet (1), bien que très explicite, avec ses vues du plan en relief de 1686 commandé par Louis XIV, ne
parvenait pourtant pas à rassasier mon esprit fécond. Alors, l'imagination trouvant ses limites dans la vérité historique, une sorte de nostalgie de ce glorieux passé architectural poignait en
moi...
Les murailles relevées
Jusqu'à ce que mes recherches internet me poussent par hasard vers un site formidable : kikiarg.neuf.fr/index.html. Un (ou des ?) passionné(s), a rassemblé une foule de photos, gravures et cartes postales du début du
siècle montrant les fortifications avant leur destruction, avec tous les bastions, portes et ouvrages avancés qui formaient alors la défense de la ville. Très ludique, le site établit des
parallèles entre les vues proposées, le plan en relief de Vauban et des photographies actuelles prises exactement au même endroit. Avec une navigation fléchée, permettant, au fil des
illustrations, de s'offrir l'illusion d'une balade au milieu des fortifications.
Le contraste avec la ville actuelle apparaît d'autant plus frappant. Perpignan n'a plus rien à voir avec cette cité encore médiévale, enchâssée dans ses imposants remparts. Les
immeubles ont depuis grignoté, dévoré la campagne qui l'environnait. Le ramdam des boulevards a remplacé la quiétude des demi-lunes. Et au vu de cette balade didactique, on ne peut que regretter
que les édiles de la Belle Epoque aient conservé seulement un dixième de ces chefs-d'oeuvre de l'art militaire, de cette mémoire du Perpignan historique.
J. M.
(1) Antoine de Roux, Perpignan à la fin du XVIIe siècle, le plan en relief de 1686, Caisse nationale des Monuments Historiques et des Sites, Mission
d'Aménagement du Musée des Plans-Reliefs.
bonne soirée ! bisous !