Sur le terrain de la vidéo haute définition, les choses sont désormais claires. Sony et son Blu-Ray occuperont le marché ces prochaines années. Côté audio par contre, le leadership reste à définir.
Le HD-DVD est mort, vive le Blu-Ray. Pour beaucoup de néophytes, l'info a dû paraître bien abstraite. En clair, l’un des deux formats en passe de remplacer le DVD vient d’être retiré du marché par son fabricant, faute de débouchés.
Impossible en effet pour Toshiba, maison-mère du HD-DVD, de continuer à commercialiser son produit face à Sony et ses 70 % de parts de marché dans les films américains (le Blu-Ray a déjà été choisi par la 20th Century Fox, Metro-Goldwyn-Mayer et Disney). Ceux qui doivent faire la gueule, ce sont tous les cinéphiles qui, ces derniers mois et notamment durant les fêtes, avaient pu s'offrir à moindre coût un ensemble home-cinema uniquement compatible HD-DVD. Un mois et demi plus tard, leur matériel réputé "révolutionnaire", "d'avant-garde", "dernier-cri", est déjà obsolète.
Un peu comme ces ordinateurs trop puissants : sitôt achetés, déjà dépassés. Le progrès technique dans sa définition donnée par Joseph Schumpeter (1883 – 1950) – « une destruction créatrice » - n’a jamais été si actuel. L’économiste autrichien voyait la crise comme un terrain favorable à l’exploration d’idées nouvelles, favorisant les innovations et entraînant irrémédiablement la destruction des anciennes innovations.
Une drôle de crise
Aujourd’hui, personne ne saurait nier que les industries du cinéma et de la musique sont frappées par une telle crise. Le téléchargement sauvage a eu raison de toutes les
protections et pour les nouvelles générations, le support disque semble dépassé. Les nouveaux formats multimédia (le MP3, le DivX) ont permis de dématérialiser albums et films. Les majors du
disque et les piliers de la production cinématographique ne cessent de déplorer leurs pertes, malgré l’attachement d’une poignée de collectionneurs à l’objet CD ou aux coffrets DVD bourrés de
bonus.
Dès lors, l’innovation devient nécessaire à la poursuite de la croissance économique. Quitte même, à vendre aux consommateurs des moyens techniques aggravant la crise. Ce sont en effet les mêmes firmes qui fournissent des graveurs, des disques et DVD vierges, voire le haut-débit nécessaire au téléchargement de masse (le géant AOL – Time Warner par exemple). Alors quand des mesures drastiques sont prises à l’encontre des « pirates », on ne peut s’empêcher d’avoir le mot « hypocrisie » à l’esprit…
Quoi qu’il en soit, les supports dont on prédisait la mort prochaine, ne cessent de se réinventer. Prenant de court (pour un temps), la voracité des internautes, Toshiba et Sony ont opté pour la haute définition. « Une qualité d’image sans équivalent », nous expliquaient-ils. Le même discours qui prévalait lorsque le DVD avait jeté la VHS aux oubliettes de l’histoire. Grâce au numérique, la qualité semble pouvoir s’améliorer à l’infini. Sur des écrans toujours plus grands. Et on en viendrait presque à se demander comment avant, on pouvait vivre sans.
Personnellement, je n’attache pas une très grande importance à la qualité d’image. Au risque de passer pour archaïque,
j’avoue que la qualité d’un DVD me paraît déjà plus qu’honnête. Et comme je ne compte pas investir dans un téléviseur défigurant mon salon, la haute définition ne m’intéresse pas vraiment. Si
j’ai envie de grands espaces, de couleurs somptueuses, de lumière éclatante, je préfère arpenter mes chères Pyrénées et prendre un bon bol d’air plutôt que de rester enfermé chez moi.
Une nouvelle façon d'écouter la musique
Par contre, et ce sera le premier coup de cœur de ce blog (au bout de dix articles, il était temps !!!), mon précédent raisonnement s’écroule lorsqu’on touche au son. J’ai complètement
repensé ma façon d’écouter de la musique lorsque j’ai fait l’acquisition d’un système home cinéma, doté de cinq enceintes et d’un caisson de basses. Ainsi spatialisé, le son prend une toute autre
dimension. Ecouter ses CD sur cinq enceintes, c’est déjà un progrès. Mais glisser un DVD-Audio ou un SACD (1) dans son lecteur, c’est laisser le divin jaillir
des haut-parleurs. Ces formats relativement récents (moins de dix ans), encore assez peu développés, apportent une qualité d’écoute sans commune mesure avec un CD ordinaire.
Enregistrés sur cinq canaux (contre deux pour un CD stéréo), ces disques novateurs permettent, par leur capacité
importante (4,5 Go pour un DVD contre 700 Mo pour un CD), d'offrir plus de débit sonore, donc plus de qualité. Et l'auditeur de distinguer chaque nuance, de détacher chaque note, de percevoir le
moindre petit coup de médiator, le plus discret tintillement d'une cymbale. Placé au milieu des cinq enceintes, il ne faut pas longtemps pour que la magie opère. On est presque instantanément
propulsé au milieu des musiciens, coincé entre le guitariste et le claviériste, face au chanteur et au bassiste, assez loin du batteur pour apprécier l’ensemble.
A me lire, certains se diront : « Bah, encore un truc de musiciens, moi le son d’un CD me convient très
bien ». C’est possible. Tant qu’on n’a pas goûté à un bon DVD-Audio (ou un SACD). Car à la différence des nouveaux formats vidéo, il semblerait qu’on ait, en matière de son, quasiment
atteint les limites de la perfection. Un nouveau format « sans pertes », le MLP lossless, offre désormais à l’auditeur l’ensemble d’une œuvre telle qu’elle a été enregistrée, au bit
près. Si on dispose d’une installation de qualité, on aura exactement le même son que celui réglé et programmé en studio par les musiciens, à la différence d’un
CD audio ou même d’un DVD vidéo (DTS ou Dolby Digital) qui ne délivrent qu’un son compressé, c'est-à-dire auquel on a enlevé certaines informations numériques (pour des questions
d’espace).
Il va falloir trancher
En matière de son, le support ultime existerait donc déjà. Les innovations à venir devraient simplement permettre de délivrer le son des DVD-Audio et SACD sur toujours plus d’enceintes. Les
chercheurs en seraient déjà au 13.1. Et demain, une sphère d’amplis dans laquelle l’auditeur prendrait place ? La technique peut nourrir les rêves les plus farfelus. Du côté de la vidéo, les
supports Blu-Ray semblent eux aussi toucher à la perfection. Les prochains défis seront sûrement liés à la taille des écrans, toujours plus grands. L’homme du futur devra sûrement pousser les murs…
Mais, ceux qui ont continué la lecture jusqu’ici se seront peut-être demandés pourquoi, en matière de disques audio
multicanaux, continuent de cohabiter deux entités souvent opposées (le SACD et le DVD-Audio), alors que du côté de la vidéo, la sélection naturelle vient de s’opérer au profit du Blu-Ray de Sony.
Inévitablement, pour éviter la redondance de supports ayant peu ou prou les mêmes fonctions, il va falloir que l'industrie du disque penche pour l'un ou l'autre format.
A en lire certains sites internet, le SACD serait moribond, à cause de son format si différent des DVD. D’autres annoncent la mort du DVD-Audio, illisible sur les platines classiques,
contrairement aux SACD, pourvus d’une piste stéréo haute-définition. Du coup, si la bataille venait à s’accentuer entre ces deux formats, avec en ligne de mire la disparition du CD dans quelques
années, on retrouverait sur le ring les mêmes combattants que ceux qui viennent de s’affronter sur le terrain de la vidéo : d’un côté Sony et Philips, co-inventeurs du SACD, et de l’autre
Toshiba et Pioneer, à l’origine du DVD-Audio.
Si Sony parvenait à mettre hors-course le DVD-Audio, elle maîtriserait tous les supports audio et vidéo d’avenir. Par contre, si le SACD venait à disparaître, les observateurs ne manqueraient pas de faire remarquer que Toshiba a peut-être accepté de « sacrifier » son HD-DVD en échange de garanties quant à la survie du DVD-Audio… Affaire à suivre, donc…
J. M.
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