L’expression à la mode ? Pouvoir d’achat !
Journaux, radios, télés, sites web ne cessent de le rappeler ces jours-ci : c'est le principal sujet de préoccupation des Français. Il est vrai qu’en voyant leur président et sa top-model de
compagne se balader en Ray-Ban entre Egypte et Jordanie, ils ont peut-être eux aussi envie de s’amuser…
Qui serait assez fou pour proclamer qu’en France, le pouvoir d’achat continue d’augmenter ? C’est pourtant l’illustre vérité : depuis 2002, ce fameux indice,
dans sa version mesurée par l’Insee (insee.fr), a cru annuellement de 1,2 % en moyenne. Alors qu’entre 2000 et 2002, la hausse s’échelonnait à hauteur de 2,7% par an. Le pouvoir d’achat
des Français n’a donc pas baissé, il augmente seulement moins vite qu’avant.
Et avec la hausse des prix du pétrole, on en oublierait vite que d’autres produits, autrefois inaccessibles (ordinateurs, téléphonie mobile, biens culturels), nous
sont devenus indispensables à force de voir leur coût chuter.
En réalité, ce qui conduit à cette fâcheuse impression de baisse continue du pouvoir d’achat, c’est d’abord la flambée des matières premières, répercutée très
fortement sur les besoins primaires (l’alimentation notamment, d’où l’essor du hard discount ; les produits du pétrole), et ensuite la stagnation des salaires.
Impuissant face à la première cause, notre président comptait bien remédier à la seconde. Pour gagner plus, il faudrait travailler plus. La formule semble déjà avoir
trouvé ses limites (quand on fait les 3/8, on a rarement la capacité d’en faire plus), même auprès de ceux qui avaient opté pour Nicolas Sarkozy en mai dernier. En témoigne le sondage effectué
par le CSA pour le Parisien-Aujourd’hui en France publié il y a deux jours, où le président passe pour la première fois sous la barre des 50% d’avis favorables. Les belles promesses sont
restées lettre morte et ce ne sont pas les photos du président et de sa nouvelle compagne avec à l'horizon les dunes de Jordanie qui changeront la donne.
Alors que le président joue les touristes au Proche-Orient, le baril de pétrole bat des records. Depuis 2002, il a vu son prix multiplié par cinq, malgré la guerre en
Irak et la mainmise américaine sur de nombreuses zones de production. La hausse, dopée par une exécrable spéculation et la volonté de l’Opep de limiter le nombre de baril produits (une
augmentation ferait baisser leur coût), se répercute sur le prix des carburants. Et par un effet boule de neige, l’inflation galope, comme l’a annoncé Christine Lagarde, la ministre de
l'Economie, avec un chiffre qui, en 2008, dépassera en France les 2%.
Devant l’éclat oppressant de l’or noir, certains économistes voient rouge. En Espagne, l’inflation se chiffrait à 4,3 % en décembre alors qu’en Allemagne, les 2,2 % de
l’année 2007 n’avaient pas été atteints depuis quatorze ans (Jean-Michel Bezat, lemonde.fr). Même si un troisième choc pétrolier relève plus du scénario catastrophe que d’un futur
proche, ce genre de signes est à prendre très au sérieux. Les Français, dont l'horizon s'était déjà fortement assombri avec un marché de l’immobilier en perpétuelle hausse, accepteront de plus en
plus difficilement une montée des prix incontrôlée.
Ceux-là même à qui l’on demande sans cesse de « faire des efforts », risquent de se lasser de la politique spectacle d’un président au luxe
ostentatoire insupportable, insultant. Le cadeau fiscal en faveur des ménages les plus riches ainsi que la baisse des droits de succession aggraveront sans doute encore cette fameuse fracture
sociale que son prédécesseur à l’Elysée clamait vouloir réduire.
On savait Nicolas Sarkozy avide de liquider l’héritage de Jacques Chirac. Mais de là à utiliser sa rupture à l'encontre des classes moyennes...
J. M.