Mardi 11 mars 2008
Derrière ce titre polémique, j'espère apporter un point de vue décalé et volontairement subversif sur cette nouvelle Mecque des relations virtuelles : Copains d'Avant. Pour qu'un soupçon de lucidité vienne contrebalancer une bonhommie parfois trop naïve.

   
    Je me suis inscrit sur Copains d'Avant. Mais oui, ce site qui vous propose de "retrouver vos amis". Déjà, il convient de rectifier : des amis, ça ne se perd pas. Des copains, des potes, des connaissances, oui. Mais de vrais amis, non. Ceux qui tiennent à vous et auxquels vous tenez sont aussi ceux qui donnent et à qui vous donnez régulièrement des nouvelles. Surtout depuis qu'on a basculé dans l'ère du téléphone portable et de l'email. Pas d'excuse donc : s'ils vous ont laissé tomber du jour au lendemain, c'est qu'à coup sûr, ils n'étaient pas de vrais bons amis. Ou qu'une brouille est venue entâcher ce qui autrefois, pouvait être une belle amitié.

    Quoi qu'il en soit, on serait tenté d'utiliser ce site pour recoller les morceaux. L'heure du pardon généralisé aurait-elle sonné ? Encore faudrait-il en avoir envie. Même inscrit sur ce site, je sais pertinemment que je n'irai pas y rechercher certaines personnes, si bonnes qu'aient pu être nos relations. Il y a des mésententes qu'on n'efface pas d'un click de souris.

photoclasse.jpgSouvenirs heureux

    Par contre, certains souvenirs agréables, liés à l'enfance, vous donnent parfois envie de savoir ce que vos anciens camarades de classe ou partenaires de clubs sportifs sont devenus. Pour autant, il s'agit ici plus de curiosité que d'un réel désir de renouer le contact. Et puis vouloir dialoguer avec celui ou celle qui était assis(e) à côté de vous dans la classe de maternelle, c'est aussi, passé le cap de la redécouverte, accepter l'éventualité de ne plus rien avoir à se dire. Chacun ayant tracé sa route, il est rare d'avoir conservé des points communs avec le temps, surtout quand l'amitié se limitait à partager son goûter ou à s'associer lors d'un cache-cache endiablé pendant la récré.

    Bizarre, tout de même, cette manie de vouloir renouer avec son enfance, son adolescence. D'autant plus que ces premières années se déclinaient en joies comme ...en peines. Les premières bagarres, les fessées, le coin, puis les bulletins qui font mal, les peines de coeur, les punitions. A en croire toute cette mode du "revival", seuls les bons souvenirs seraient restés.

Peur du futur ?

    A moins que ce ne soit une certaine forme de peur du futur, d'angoisse face à l'avenir qui nous pousse à nous réfugier vers un passé perçu comme réconfortant. L'incompréhension, la non-adaptation au présent favorise le repli sur soi. Le retour vers des valeurs sûres : les siennes. Donc les bons souvenirs, de préférence. Certains s'enferment dans les jeux vidéos ou la science-fiction, se fabriquant une réalité alternative, virtuelle. D'autres se tournent plutôt vers leur enfance. Mémoire embrumée d'une époque dorée ? Peu importe, cet étrange retour, favorisé par les technologies d'avenir, accapare le présent. En témoignent les soirées citadines où de très vieux ados s'éclatent devant Chantal Goya ou l'intégrale des Musclés.

    Grand bien leur fasse. Copains d'Avant s'inscrit dans cette même logique. Renforçant encore un peu plus une certaine forme de communautarisme. Ce n'est pas en recherchant ses vieux potes que l'on s'en crée de nouveaux. Ce n'est pas en se tournant vers des visages connus que l'on élargit son cercle d'amis. En bref, ce n'est pas comme ça que l'on favorise l'ouverture vers d'autres communautés, d'autres formes de pensée.

...is watching you

    Tribu, repli sur soi et ...fichage. Sans tomber dans la paranoïa, il faut savoir que l'exposition sur la toile de tant de données personnelles intéresse au plus haut point les entreprises soucieuses de développer leur fichiers clients. Ne vous étonnez pas de recevoir tant de publicités dans votre boîte mail. En poussant un peu plus loin le bouchon "orwellien", on pourrait imaginer toutes sortes de scenarii liés à l'exploitation par l'administration toute puissante de ces informations. Le contrôle des populations est porté à son paroxysme lorsque celles-ci y concourrent volontairement, lorsque son idée même en est acceptée...

    D'où mon refus de prendre part à l'internationale du renseignement (Facebook), ou de limiter au maximum les infos disponibles sur mon profil de Copains d'Avant. Surtout quand on exerce un métier soumis à de plus en plus de pressions. Sans aller jusqu'à ces extrémités, je suis de ceux qui pensent que la vie privée, malgré la mode du bling-bling, c'est quelque chose qui se préserve...


J. M.




www.copainsdavant.linternaute.com







par J. M.
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Samedi 1 mars 2008
    On nous endort avec des discours sécuritaires. Le phénomène n'est pas nouveau. Mais de là à fermer les yeux sur les plus grosses malversations, c'est trop. Réveillez-vous !


    La lucidité. C'est ce que Serge Halimi espérait provoquer chez le lecteur de son pamphlet Les Nouveaux Chiens de Garde.  Le journaliste serait bien étonné de voir que non seulement les Français sont lucides face à la corruption, la collusion et les scandales, mais qu'en plus ils les cautionnent !


    Je ne l'invente pas, c'est dans Le Monde d'hier. Sous la forme d'un bref encadré, c'est de la bouche de Pierre Lascoumes, chercheur au Centre d'études de la vie politique française (Cevipof), qu'émane ce sombre constat. Evoquant les municipales, l'observateur explique que "les principes éthiques n'arrivent pas au premier rang des préoccupations des électeurs". Ceux-ci, poursuit-il, "considèrent  que la politique, finalement, c'est comme ça, qu'on ne peut procéder autrement". Le clientélisme serait donc, selon la majorité des Français, une sorte de seconde nature, un gène commun à tous les édiles, un travers inné qu'il faudrait bien se résoudre à accepter.newbribe.jpg

    Le mauvais exemple, à force d'être reconduit et rapporté, s'est donc transformé en banalité tolérée, sinon acceptée. Les dérives mafieuses de nos dirigeants ne nous choquent plus, tant que leurs promesses sont tenues et que le boulot est fait. Raisonnement qui n'en finit plus de m'étonner : pardonnerait-on aux violeurs si on savait qu'ils se comportent très bien avec leur mère ? Passerait-on sur les malversations de certains grands patrons au prétexte que ceux-ci brassent chaque jour des millions ?  J'ose espérer que non.

    Justement, dans Marianne, aujourd'hui, retour sur les millions d'euros disparus des caisses de l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM). Après avoir été mis en examen, son ancien président, Denis Gauthier-Sauvagnac, aurait touché 1,5 million d'euros de retraite dorée ainsi qu'une colossale compensation financière pour faire face à d'éventuelles condamnations pénales et fiscales, "s'il gardait le silence sur l'identité des bénéficiaires des millions d'euros en liquide", nous livre l'hebdomadaire.

    Ce genre de dérives seraient donc admises par de plus en plus d'électeurs. Alors qu'il ne se passe pas un jour sans que les sociétaires du Medef ou de l'UIMM ne nous resservent leur affligeant argumentaire d'un "SMIC trop haut en France, frein à l'économie", ou des prétendues "barrières législatives" qui grignoteraient leur liberté d'entreprendre et leurs... profits. Mais c'est toujours pareil, pendant qu'on tire à boulets rouges sur les jeunes de banlieues, les chômeurs ou les fonctionnaires, les délinquants des beaux quartiers continuent de s'en mettre plein les poches dans l'indifférence générale.

    Jusque-là, on avait la décence de s'en indigner, par lucidité, donc. Aujourd'hui, c'est fini. On a décidément les dirigeants qu'on mérite.


J. M.
leurs nti_bug_fck
par J. M.
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