Lundi 21 janvier 2008
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"Monsieur,

Nous avons bien reçu votre candidature pour le poste de journaliste et vous en remercions.

Nous l'avons étudiée avec soin, mais les caractéristiques de votre expérience ne correspondent pas exactement au profil que nous recherchons.

Cela ne met pas en cause l'intérêt de votre candidature et nous vous souhaitons réussite dans votre recherche.

Nous vous prions d'agréer, Monsieur, l'expression de nos salutations distinguées.

                                                                                                                                                                                                  X "


Voilà le type de courrier qui se glisse sans crier gare dans les boîtes aux lettres des chômeurs. Jusque là, rien de très exceptionnel, ce genre d'objection étant inhérente à toute recherche d'emploi. Et vu le contexte actuel de la presse écrite, on finirait par les lire sans même sourciller.

Non, ce genre de missive, a priori, ça n'intéresse personne, pas même le principal... intéressé. Sauf que - et vous vous doutez bien qu'il y a un "sauf que", sans quoi je n'aurais pas pris la plume - ce courrier provient de l'employeur que je viens de quitter. Enfin, "je"... On parlera plutôt de divorce à l'amiable. Et vu sous ce nouveau prisme, ces 7 lignes prennent un tout autre sens. Ou quand le ton le plus plat et neutre se transforme en puits d'hypocrisie.

Décryptage : employé par ce quotidien ces deux précédentes années (ma première expérience journalistique), j'espérais y décrocher la lune, le Saint-Graal, c'est-à-dire en langage ordinaire et actuel : un CDI. J'avais donc postulé pour un poste dans une petite agence pas très éloignée de celle où je bossais (ce journal en compte plusieurs). La plus proche, même.

Et voici que je reçois cette fameuse lettre, plus de deux semaines après avoir appris de manière officieuse que le poste était attribué à une autre personne (une amie). Le ton employé est loin de faire mention de ces deux ans passés au sein de l'entreprise. Oubliées ces longues journées de labeur, ne laissant que peu de place à la vie privée, salut l'étranger ! Aurais-je eu droit au même texte si j'avais écrit à ce journal pour la première fois ? Sans doute.

De la déception à l'optimisme

Pour être tout à fait honnête, ce poste, je m'en foutais à moitié. Travailler dans un bled paumé, loin de ma région d'origine, c'était quand même aux antipodes de ces idéaux auxquels je m'attache. En vain ? L'avenir me le dira. Non, si j'avais décidé de postuler, c'était pour tenter une nouvelle aventure que j'espérais provisoire. Accepter de m'asseoir sur certains principes en échange d'un confort matériel évident et d'un peu plus d'expérience.

Mais j'ai bien vite compris que dans cette boîte, il était difficile de se faire une place au soleil, surtout avec un caractère en acier trempé. Une collègue, au profil similaire au mien, en a également fait les frais. Ici, comme peut-être ailleurs, on préfère le lisse au rugueux, l'uni au multicolore, le soyeux au râpeux. Mais chaque principe a ses exceptions : un esprit corsé a su percer la glace. Bravo à lui.

Du coup, je reste sur le carreau, ayant refusé l'aide alimentaire à durée déterminée de mon généreux mécène pour profiter de la fée Assedic, le temps de trouver mieux ailleurs. L'optimisme qui me caractérise n'a que faire de "l'intérêt d'une candidature". Les "caractéristiques de mon expérience" (exactement les mêmes qui ont permis à mon amie d'obtenir le poste) me permettront à coup sûr de rebondir loin d'ici. Sans regrets.


J. M.
par J. M.
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