Mardi 22 janvier 2008
La rhétorique libérale se plaît à nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Si on écoutait nos dirigeants, les chômeurs passeraient pour des privilégiés. Pourtant... Déconstruction pratique d'une théorie abjecte.

La nomenklatura libérale aime à dresser la France qui se lève tôt contre celle qui ne travaille pas. Les bosseurs contre les chômeurs. Les valeureux contre les paresseux. La ficelle, bien qu'épaisse, fait toujours son petit effet auprès d'un public assoiffé de démagogie. La politique du bouc-émissaire, au nom d'une prétendue égalité face aux difficultés, fait toujours recette.

Par un grossier mécanisme intellectuel, on fait ainsi passer les chômeurs du statut de victimes à celui de nantis. C'est bien connu, les sociétaires de l'ANPE sont des nababs, dont l'opulence n'a d'égal que leur flemmardise. Ils se gavent d'allocs' en tout genre, d'aides diverses, de primes injustifiées, pendant que d'autres triment, transpirent, galèrent pour presque rien.

Un discours qui, si on n'y prenait pas garde, nous ferait presque oublier que les vrais privilégiés sont ceux qui, pour à peine plus d'heures et de sueur que leurs employés, gagnent jusqu'à 500 fois leur salaire chaque mois, sans parler de cette vaste filouterie nommée "parachutes dorés". Peu importe, le responsable de tous les maux serait ce chômeur égoïste, ne pensant qu'à son petit confort et vivant au crochet de la société.

Je ne nierai pas que de tels individus puissent exister. Surtout vu le faible écart de niveundefinedau de vie séparant les Smicards des chômeurs les mieux indemnisés. Et si les salaires continuent à stagner, il est clair que certains préfèreront prendre des vacances rémunérées plutôt que que de bosser pour des cacahuètes.

Les "privilèges" des pauvres

Mais accepter de se soumettre à la dépendance ANPE / Assedic, c'est moins rose qu'on ne pourrait le croire. Il suffit d'en faire l'expérience pour s'en persuader. Déjà, les premières allocations émanant de l'Assedic ne vous parviennent que deux mois après avoir cessé votre dernière activité. La raison ? Les jours de congés payés légalement dûs par votre ex-employeur et versés à votre crédit à la fin du contrat repoussent d'autant de journées la prise en compte de votre situation par l' Assedic. Vous croyiez mettre de l'argent de côté en sacrifiant quelques jours de congés ? C'est raté !

Ensuite, vous risquez de vous heurter à un refus de la CAF. C'est mon cas. Malgré le fait que je vive en concubinage et que mon amie, en formation, ne dispose d'aucune ressource depuis juin dernier, nous n'avons droit à rien. Pire, ayant récemment communiqué à la CAF mes revenus de 2007 (1300 € mensuels pour 45 heures minimum de boulot hebdo), j'ai vu dans mon dossier internet réactualisé que j'avais perçu 407,36 € d'allocations en trop, entre mars et juin. Je croise les doigts pour que leur prochain courrier ne trouve pas le chemin de ma boîte aux lettres...

En désespoir de cause, nous nous sommes tournés vers les services sociaux de notre commune pour savoir si mon amie pouvait prétendre au RMI. Nouveau refus, au prétexte que "Monsieur  gagne trop" : il aurait fallu toucher moins de 671,89 € mensuels. Dans cette France "gangrénée par l'assistanat", vivre à deux avec 900 € d'assedics par mois, c'est donc faire partie d'une caste de privilégiés.

En 2005, le seuil de pauvreté calculé par l'Insee s'établissait pour un couple sans enfants à 1022 € mensuels. En tenant compte de l'inflation (*), ce seuil  devrait atteindre en 2007 la somme de 1042,54 €. Ma compagne et moi, avec nos 900 €, nous situons donc bien en-deça de ce fameux seuil.  De ce fait, nous sommes heureux d'apprendre qu'en France, on peut être riche tout en étant pauvre. CQFD.


J. M.


(*) Pour une inflation estimée à 2% par an entre 2005 et 2007.

Légende photo : Le Point, un hebdomadaire très libéral.
par J. M.
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Lundi 21 janvier 2008
redaction2.jpg

"Monsieur,

Nous avons bien reçu votre candidature pour le poste de journaliste et vous en remercions.

Nous l'avons étudiée avec soin, mais les caractéristiques de votre expérience ne correspondent pas exactement au profil que nous recherchons.

Cela ne met pas en cause l'intérêt de votre candidature et nous vous souhaitons réussite dans votre recherche.

Nous vous prions d'agréer, Monsieur, l'expression de nos salutations distinguées.

                                                                                                                                                                                                  X "


Voilà le type de courrier qui se glisse sans crier gare dans les boîtes aux lettres des chômeurs. Jusque là, rien de très exceptionnel, ce genre d'objection étant inhérente à toute recherche d'emploi. Et vu le contexte actuel de la presse écrite, on finirait par les lire sans même sourciller.

Non, ce genre de missive, a priori, ça n'intéresse personne, pas même le principal... intéressé. Sauf que - et vous vous doutez bien qu'il y a un "sauf que", sans quoi je n'aurais pas pris la plume - ce courrier provient de l'employeur que je viens de quitter. Enfin, "je"... On parlera plutôt de divorce à l'amiable. Et vu sous ce nouveau prisme, ces 7 lignes prennent un tout autre sens. Ou quand le ton le plus plat et neutre se transforme en puits d'hypocrisie.

Décryptage : employé par ce quotidien ces deux précédentes années (ma première expérience journalistique), j'espérais y décrocher la lune, le Saint-Graal, c'est-à-dire en langage ordinaire et actuel : un CDI. J'avais donc postulé pour un poste dans une petite agence pas très éloignée de celle où je bossais (ce journal en compte plusieurs). La plus proche, même.

Et voici que je reçois cette fameuse lettre, plus de deux semaines après avoir appris de manière officieuse que le poste était attribué à une autre personne (une amie). Le ton employé est loin de faire mention de ces deux ans passés au sein de l'entreprise. Oubliées ces longues journées de labeur, ne laissant que peu de place à la vie privée, salut l'étranger ! Aurais-je eu droit au même texte si j'avais écrit à ce journal pour la première fois ? Sans doute.

De la déception à l'optimisme

Pour être tout à fait honnête, ce poste, je m'en foutais à moitié. Travailler dans un bled paumé, loin de ma région d'origine, c'était quand même aux antipodes de ces idéaux auxquels je m'attache. En vain ? L'avenir me le dira. Non, si j'avais décidé de postuler, c'était pour tenter une nouvelle aventure que j'espérais provisoire. Accepter de m'asseoir sur certains principes en échange d'un confort matériel évident et d'un peu plus d'expérience.

Mais j'ai bien vite compris que dans cette boîte, il était difficile de se faire une place au soleil, surtout avec un caractère en acier trempé. Une collègue, au profil similaire au mien, en a également fait les frais. Ici, comme peut-être ailleurs, on préfère le lisse au rugueux, l'uni au multicolore, le soyeux au râpeux. Mais chaque principe a ses exceptions : un esprit corsé a su percer la glace. Bravo à lui.

Du coup, je reste sur le carreau, ayant refusé l'aide alimentaire à durée déterminée de mon généreux mécène pour profiter de la fée Assedic, le temps de trouver mieux ailleurs. L'optimisme qui me caractérise n'a que faire de "l'intérêt d'une candidature". Les "caractéristiques de mon expérience" (exactement les mêmes qui ont permis à mon amie d'obtenir le poste) me permettront à coup sûr de rebondir loin d'ici. Sans regrets.


J. M.
par J. M.
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Lundi 14 janvier 2008
Samedi soir,  dans le Vieux-Lille : les trottoirs regorgent de monde autour des bars et restaurants. "Quelle affluence !", me dis-je naïvement. Gros bêta que je suis. Depuis le 1er janvier, ce sont les fumeurs qui battent le pavé, bravant le froid hivernal. D'où quelques réflexions.

Foire-aux-cigarettes-WEB-copie-1.jpg   Non-fumeur invétéré, limite jihadiste de l'anti-clope, je jubilerais presque à l'idée de voir ces propagateurs de cancer se geler les miches. Mon rire sardonique pointerait le bout de son nez, si la pudeur et la morale ne m'obligeaient à le ravaler. Ni pitié ni compassion pour autant : dans ce domaine, la tolérance, connais pas. "Point de liberté pour les ennemis de la liberté", la phrase magique synonyme de soufflet dans ton minois - oui, c'est quand même plus classe que "claque dans ta gueule" - fait toujours son effet.

 Légaliste, forcément, j'ai appris que "la liberté des uns s'arrête là où commençe celle des autres". Alors quand la fumée du voisin empiète sur mon espace vital, je sors l'arsenal juridique. J'en viendrais presque à applaudir des deux mains notre régalien de président... si la loi anti-tabac n'avait pas été votée bien avant son arrivée au pouvoir. Caramba, encore raté !

Mais ne nous évaporons pas dans de fumeuses et politiques réflexions (pléonasme ?). Revenons à nos nicotineux. Devant tout ce beau monde squattant les trottoirs, un éclair de bonté surgit tout de même de mon esprit : et si, finalement, cette loi générait de la convivialité ? Offrant aux amoureux du goudron une occasion de lier amitié sur le bitume, loin des décibels tuant tout dialogue une fois le seuil du bar ou de la boîte franchi. Et si, grâce au code pénal, naissaient une nouvelle sorte de solidarité,  du lien social, des rencontres, du rire, l'amour entre les peuples, la paix dans le monde ?

Dans une bonhommie béate, je me rangerais presque du côté des fumeurs, capables de philosopher au calme, de refaire le monde clope au bec, alors que nous, espèce primaire aux bronches pâles, continuerions de nous trémousser bêtement à l'intérieur sans être capables d'échanger ne serait-ce qu'un avis sur la discrète intervention chirurgicale subie par notre "guide". 

Baissant les yeux devant cette supériorité incontestable des enfants de Marlboro, puissants représentants de l'Internationale des poumons noirs, je laisse mon regard ému, embué, vagabonder sur le trottoir. Et sors bien vite de ma "bisounoursite" aigüe. A terre, ils sont des dizaines. Que dis-je ? Des centaines, des milliers tout au long de la rue. Qui ? Les mégôts bien sûr ! Pas un espace entre les pavés qui ne soit occupé par un de ces mortels cylindres. Ecrasés, battus par la pluie, ces résidus de dibenzacridine, d'acétone, de méthanol, ou d'arsenic donnent à la rue un air de décharge publique. Ah, ça voudrait refaire le monde et ça n'est même pas capable de marcher jusqu'à une poubelle ! Salauds de fumeurs ! Vous croyiez m'attendrir ?  C'est raté ! Mécontents de ne plus pouvoir nous enfumer, voilà que vous vous mettez à polluer encore un peu plus nos vieux trottoirs.

A tel point que la branche française de la British American Tobacco, soucieuse de se racheter une image, vient de mettre sur pied une opération d'équipement de bars-tabac en cendriers extérieurs, à Boulogne-Billancourt et à Paris, dans les XVe et XVIe arrondissements. Dans le reste de la capitale, comme à Etampes ou Colmar, ce sont les municipalités qui ont pris les devants, en ajoutant à leur budget une ligne "cendriers". 

Ce qui m'amène à la conclusion suivante : avec la loi anti-tabac, ce qu'on gagne côté santé (moins de cancers), on nous le reprend en pollution (les mégôts partout) ou en impôts locaux (va bien falloir les payer les cendriers extérieurs). Alors soit, bannir le tabac des restos, bars et boîtes, c'est bien, mais c'est un moindre mal. Donc quand même, salauds de fumeurs !!!


J. M.



PS :
Ryanair suite et fin : mon compte a été crédité en fin de semaine passée de l'intégralité du montant versé lors de la réservation. Ouf ! Merci, donc.
par J. M.
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Lundi 7 janvier 2008
22092007.jpgL’expression à la mode ? Pouvoir d’achat ! Journaux, radios, télés, sites web ne cessent de le rappeler ces jours-ci : c'est le principal sujet de préoccupation des Français. Il est vrai qu’en voyant leur président et sa top-model de compagne se balader en Ray-Ban entre Egypte et Jordanie, ils ont peut-être eux aussi envie de s’amuser…
 
Qui serait assez fou pour proclamer qu’en France, le pouvoir d’achat continue d’augmenter ? C’est pourtant l’illustre vérité : depuis 2002, ce fameux indice, dans sa version mesurée par l’Insee (insee.fr), a cru annuellement de 1,2 % en moyenne. Alors qu’entre 2000 et 2002, la hausse s’échelonnait à hauteur de 2,7% par an. Le pouvoir d’achat des Français n’a donc pas baissé, il augmente seulement moins vite qu’avant.
Et avec la hausse des prix du pétrole, on en oublierait vite que d’autres produits, autrefois inaccessibles (ordinateurs, téléphonie mobile, biens culturels), nous sont devenus indispensables à force de voir leur coût chuter. 
 
En réalité, ce qui conduit à cette fâcheuse impression de baisse continue du pouvoir d’achat, c’est d’abord la flambée des matières premières, répercutée très fortement sur les besoins primaires (l’alimentation notamment, d’où l’essor du hard discount ; les produits du pétrole), et ensuite la stagnation des salaires.
 
Impuissant face à la première cause, notre président comptait bien remédier à la seconde. Pour gagner plus, il faudrait travailler plus. La formule semble déjà avoir trouvé ses limites (quand on fait les 3/8, on a rarement la capacité d’en faire plus), même auprès de ceux qui avaient opté pour Nicolas Sarkozy en mai dernier. En témoigne le sondage effectué par le CSA pour le Parisien-Aujourd’hui en France publié il y a deux jours, où le président passe pour la première fois sous la barre des 50% d’avis favorables. Les belles promesses sont restées lettre morte et ce ne sont pas les photos du président et de sa nouvelle compagne avec à l'horizon les dunes de Jordanie qui changeront la donne.
 
Alors que le président joue les touristes au Proche-Orient, le baril de pétrole bat des records. Depuis 2002, il a vu son prix multiplié par cinq, malgré la guerre en Irak et la mainmise américaine sur de nombreuses zones de production. La hausse, dopée par une exécrable spéculation et la volonté de l’Opep de limiter le nombre de baril produits (une augmentation ferait baisser leur coût), se répercute sur le prix des carburants. Et par un effet boule de neige, l’inflation galope, comme l’a annoncé Christine Lagarde, la ministre de l'Economie, avec un chiffre qui, en 2008, dépassera en France les 2%.
 
Devant l’éclat oppressant de l’or noir, certains économistes voient rouge. En Espagne, l’inflation se chiffrait à 4,3 % en décembre alors qu’en Allemagne, les 2,2 % de l’année 2007 n’avaient pas été atteints depuis quatorze ans (Jean-Michel Bezat, lemonde.fr). Même si un troisième choc pétrolier relève plus du scénario catastrophe que d’un futur proche, ce genre de signes est à prendre très au sérieux. Les Français, dont l'horizon s'était déjà fortement assombri avec un marché de l’immobilier en perpétuelle hausse, accepteront de plus en plus difficilement une montée des prix incontrôlée.
 
Ceux-là même à qui l’on demande sans cesse de « faire des efforts », risquent de se lasser de la politique spectacle d’un président au luxe ostentatoire insupportable, insultant. Le cadeau fiscal en faveur des ménages les plus riches ainsi que la baisse des droits de succession aggraveront sans doute encore cette fameuse fracture sociale que son prédécesseur à l’Elysée clamait vouloir réduire.
 
On savait Nicolas Sarkozy avide de liquider l’héritage de Jacques Chirac. Mais de là à utiliser sa rupture à l'encontre des classes moyennes... 


J. M.
par J. M.
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Vendredi 4 janvier 2008
Certains penseurs affirment que chaque cause a sa conséquence. Vu le mail que je viens de recevoir de la part de Ryanair, je serais tenté de les croire ...


Reçu cet après-midi même :

"Cher J. M. concernant votre récente application pour le remboursement de votre reservation F*****, nous vous confirmons que votre remboursement a été effectué sur la méthode de paiement utilisée pour payer votre reservation. Ce remboursement sera crédité sur votre compte bancaire et la durée de ce processus peut prendre entre 5 et 7 jours ouvrables à compter de la date d'émission. [...]
Veuillez agréer nos salutations distinguées.________________ Ryanair Customer Services"

Le style n'est pas vraiment académique (ça sent le traducteur à plein nez) mais j'ai ma réponse. Je serai crédité d'ici peu, soit environ vingt jours après les faits. On mettra ça sur le compte des fêtes de fin d'année.

Mais ça n'explique pas pourquoi nous avons dû attendre si longtemps à Charleroi, sans la moindre explication de la part de Ryanair. Donc l'article ci-dessous restera à sa place.

Suite au prochain épisode  ?


J. M.
 
par J. M.
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Jeudi 3 janvier 2008

Poireauter onze heures d'affilée pour rien dans un aéroport belge, ça vous dirait ? Pas top comme idée de vacances... Vous n'en avez pas rêvé ? Ryanair l'a fait ! Explications.


Les compagnies low cost, un truc génial pour les petits budgets. Pensez-donc, le voyage à travers les airs mis à la portée des bourses au ras des paquerettes. Un must. Enfin, presque...

Un récent chômeur, une étudiante : un jeune couple prêt à décoller pour aller passer les fêtes de fin d'année "au pays". Un vol Charleroi - Gérone pour se rendre à Perpignan sans trop de frais. 130 € aller-retour, à deux. Imbattable. 
Avec la voiture, en aditionnant essence et l'autoroute, on en aurait eu pour plus du double : pas question. Et la SNCF qui s'acharne à nous faire préférer... l'avion : depuis le Nord de la France, un aller-retour en train nous serait revenu à... plus de 600 € ! Oui, vous avez bien lu... Une dépense impossible pour qui ne s'augmente pas de 172%... Donc direction le plat pays pour rejoindre l'Espagne, chemin somme toute logique en période de mondialisation.

Jeudi 20 décembre : sur place à midi, pour un départ à 15 h 15, nous avons vu large. Pas moyen de rater l'avion. Dans quelques heures, nous profiterons allègrement du soleil catalan. Oui, mais...

Après un enregistrement sans histoire, les minutes défilent longuement. Dans la salle d'embarquement, Français, Belges et Catalans s'impatientent. C'est que les voyageurs pour Carcassonne, dont le vol ne doit décoller qu'un quart d'heure après le nôtre, commencent à embarquer dans un appareil que nous prenions tous pour celui de Gérone. Pas d'autre charter sur la piste, j'en déduis que nous aurons au moins trente à quarante minutes de retard, le temps de charger les bagages et de faire monter tout le monde.


Le mystère s'épaissit



Le brouillard recouvre bientôt l'aéroport. Toujours pas d'avion. Alors que Carcassonne a décollé et que les passagers pour Faro (vol prévu à 16 h 25) vont être acheminés en car à Liège d'où ils s'envoleront. Soit. Alors que les nuages s'épaississent, on apprend par les haut-parleurs de l'aéroport que tous les avions à l'arrivée vont être détournés de Charleroi. Mais aucune info concernant notre vol.

L'avion de 18 h 20 à destination de Rome est annulé. Celui de 18 h 40 pour Antalya partira de Bruxelles. Les passagers pour Madrid (départ à 19 h 05) prennent bientôt le bus pour Liège. Il est plus de 18 heures, et pas de chemise Ryanair à l'horizon. Aucun responsable présent. Et comme les employés à la sécurité de l'aéroport ne sont au courant de rien, nous patientons calmement en salle d'embarquement. Charleroi-1.JPG

Six heures que nous attendons. La fatigue commence à se faire sentir. Nous lisons. Levant les yeux toutes les trente secondes vers les panneaux d'affichage. Toujours rien. Textos à la famille : "On vous tient au jus". Il est 19 heures passées lorsque le personnel de sécurité vient nous offrir des bons de 5 € par personne pour aller nous restaurer à la cafétéria. Là même où le jambon-beurre coûte 3 € et la moindre boisson 2,50 €. Il va donc falloir débourser encore un peu d'argent si l'on veut avoir de quoi tenir jusqu'au départ. Quand je pense qu'on pourrait être chez ma mère, en train de siroter un bon banyuls...

Bref. "Les passagers à destination de Venise vont être acheminés en car vers l'aéroport de Lille". Ceux pour Dublin rejoindront l'aéroport de Liège. Ceux pour Casablanca (vol prévu à 20 h 20) partent pour Bruxelles. Quant à ceux de 15 h 15 pour Gérone, ils continuent de patienter, le ventre un peu moins vide, le portefeuille un peu plus.


Et si on campait ?


Nous commençons à nous demander si nous partirons vraiment. Je questionne en vain le service de sécurité. On nous fait sortir de la salle d'embarquement. Mauvais présage. Au point info de l'aéroport, on me dit que le vol sera "certainement maintenu", avec un éventuel décollage "à 20 h 38". 
Les voyageurs jonchent le sol. Harassés, ils s'assoient sur leurs sacs, les sièges étant trop peu nombreux pour tout ce monde. On s'appuie contre les murs, les colonnes. On soupire. Les traits sont tirés. Les parents tentent de calmer leurs enfants impatients.

20 h 15 : nous regagnons la salle d'embarquement pleins d'espoir. Toujours personne de chez Ryanair. Et aucun message nous concernant dans les haut-parleurs. Le temps passe. 20 h 35, 20 h 55, 21 h 20. Pas d'avion en vue. Il fait nuit depuis longtemps. 
Une rumeur parcourt la salle. Nous décollerions vers 22 h 45. Colère et soulagement se mêlent. Des Japonais me demandent ce qu'il se passe. Je fais mine de conserver mon calme devant la situation, leur expliquant que les choses qui se déroulent m'échappent autant qu'à eux. Rire jaune. Il est 22 h 30 lorsqu'une employée de la sécurité vient nous dire que nous partirons bientôt "en bus pour Liège" où nous attend notre avion.

Quelques minutes plus tard, les bus arrivent. "Les passagers à destination de Dublin sont priés de se présenter aux portes C et D, afin d'embarquer dans les bus qui les conduiront à Liège." 23 h 15, les bus quittent le tarmac. Les yeux dans le vague, nous voyons arriver deux policiers. Ca sent la fermeture d'aéroport houleuse. Et toujours rien concernant Gérone. Les passagers n'en reviennent pas. Trop fatigués pour être en colère. Trop abasourdis pour croire un instant qu'ils vont devoir quitter l'aéroport sans pour certains savoir ni où dormir ni comment rentrer chez eux.


Tout ça pour ça


Le couperet tombe : "Votre avion est annulé". 23 h 30, direction les guichets pour une réclamation, après avoir récupéré nos bagages. Ereintés, nous faisons la queue comme des dizaines d'autres, alors que ça-et-là, le ton monte. Un place dans l'avion demain ? Pas possible, tout est plein en cette période de fêtes. Les plus optimistes évoquent celui du surlendemain. Deux jours de vacances réduits à néant. 

Une employée de l'aéroport nous distribue des imprimés expliquant que nous pourrons nous faire rembourser nos billets sur le site internet de la compagnie. Fatigués, nous n'insistons pas et prenons la navette qui doit nous ramener au parking. La voiture est couverte de givre. Frigorifiés (il fait - 3° !), nous prenons la route du retour, non sans avoir payé le parking pour rien. undefined

Le chauffage de la voiture peine à se mettre en marche, il fait trop froid dehors. Deux heures d'autoroute dans un brouillard à couper au couteau et nous ne distinguons pas la sortie d'autoroute. Soixante kilomètres de plus pour rien. Et une jauge qui depuis un moment a plongé dans la réserve. Parvenant finalement à la maison à deux heures vingt du matin, nous nous jetons sur l'ordi. Vite, trouver un moyen de partir à Perpignan et de rembourser nos billets. 

Sur la page d'accueil de Ryanair.com, aucun lien concernant notre vol. Aucun onglet "remboursement" ni "annulation". Rien de rien. Pire, dans l'espace concernant notre réservation, il est écrit que notre vol a bel et bien décollé. Les nerfs en pelote, nous décidons d'aller nous coucher, l'esprit trop embrouillé pour organiser quoi que ce soit.


"Merci" Ryanair


Vendredi, 12 h : sitôt levé, sitôt sur l'ordi. Ryanair a tout prévu. Pour toute réclamation, adresser par courrier une demande en anglais à son service consommateur basé à Dublin. Magnifique. Splendide. Le moyen idéal pour décourager les plus remontés. Ulcéré, je cherche le numéro de téléphone du service réservation belge. Problème d'indicatif ? Toujours est-il que je ne parviens à les joindre. La colère l'emporte sur l'abattement : je compose le numéro français. Ils vont avoir de mes nouvelles.

Une jeune femme au fort accent latin me répond. Mauvaise langue, je me dis que je suis encore tombé sur un de ces serveurs délocalisés dans les pays sous-développés. Mais l'opératrice maîtrise parfaitement le français et, me rappelant qu' : "ici, c'est le service réservation et non pas annulation", elle va quand même lancer la procédure de remboursement. "La somme devrait être portée à votre crédit d'ici dix jours" , me précise-t-elle. 

Les fêtes sont passées. Nous nous sommes rendus à Perpignan en voiture, partant dès le vendredi après-midi pour éviter de tout faire en une journée. Avec deux heures de bouchon à Paris (le vendredi des vacances, génial !), une nuit d'hôtel à Bourges, plus l'essence et l'autoroute, le voyage nous est revenu à environ 350 €. 
Sans compter l'aller-retour pour rien à Charleroi (quatre heures de route) et le parking de l'aéroport. 
Soit un total de dépenses supplémentaires de près de 400 €. C'est quand même cher payé pour s'être fait chier onze heures dans un aéroport, sans aucune info de la part de la compagnie. "Merci" Ryanair.

Ah, j'allais oublier. Nous sommes le 3 janvier, il est 19 h 44, et mon compte en banque n'a toujours pas été crédité. 



J. M.

 

par J. M.
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Jeudi 3 janvier 2008

ebay-001.jpgPourquoi un blog ? Un énième blog ? La démarche est forcément égoïste. Nombriliste. Centrer ses articles sur sa personne, quoi de plus vaniteux ? Certes.

Aussi, précisons-le d'emblée, ce blog n'est pas là pour faire plaisir. Ni pour faire mal d'ailleurs. Il doit sa naissance à ma passion pour l'écriture. Exacerbée par cette période que je traverse depuis peu mais que j'espère courte : le chômage. 
Mais aussi par mes passions, mes convictions,  toutes ces petites choses qui me font réagir. Donc ne croyez pas trouver dans cet espace public une salle d'exposition de mes soucis personnels. 

"Carnets de Joutes" se veut avant tout le vecteur de mes émotions. De cette humeur, bonne ou mauvaise selon la saison. Attention, cliché : un espace pour faire partager mes coups de gueule ou de coeur à ceux qui voudront bien parcourir mes lignes. Si jamais quelqu'un trouve le chemin de ces modestes écrits ! 

"Carnets de Joutes" car je vois la vie comme une lutte permanente. Une lutte pour faire respecter ses droits, pour exister face à une société de plus en plus oppressante.
Résister en opposant parole et pensée à l'hyper machine consumériste et administrativiste qui tente de faire de nous de simples numéros écervelés. Bien sûr, 1984 et Le meilleur des mondes ont habité ma table de chevet. Mais qui peut prétendre, aujourd'hui, que leur message n'est pas des plus actuels ?

Pour participer bien humblement à une sorte de prise de conscience nécessaire, je propose ma plume. Cette plume qui m'a permis de gagner ma croûte ces deux dernières années et qui aspire à plus de liberté. J'ai écrit sur les autres, et quelquefois pour les autres. Car c'est aussi ça la presse. On ne tapote pas toujours les mots que l'on veut sur son petit clavier. D'où une raison supplémentaire de créer ce blog. La possibilité d'y exprimer pleinement ma pensée, mes envies, mes idées. Avec comme seuls censeurs ma morale et mon honnêteté.

Et en espérant que tôt ou tard, cette plume nourrira autre chose que mon esprit et mon ego. 

Quoi qu'il en soit, n'hésitez pas à réagir !

Bonne lecture,


J. M.


PS : Vous pourrez également trouver sur ce blog quelques photos prises ça et là, au hasard de mes pérégrinations, ainsi que 3 chroniques mensuelles de disques et trois autres de livres, en haut à gauche de la page d'accueil.

 

par J. M.
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